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EGO : Pourquoi je montre ses vidéos à tous mes apprenants

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Quand un YouTuber devient un formateur involontaire

Il y a deux catégories de créateurs sur YouTube. Les premiers produisent du contenu : des vidéos pour occuper le temps libre. Les seconds font de la transmission. EGO appartient à la deuxième catégorie, et c’est très rare.

J’ai découvert EGO progressivement. Pas par algorithme, pas par recommandation virale. Par un apprenant qui a dit : « Regardez cette vidéo, elle change la façon dont je comprends l’IA. » Curieux, j’ai cliqué. Et depuis, je ne peux plus m’en passer : mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire.

Quand on parle d’EGO sur les forums de gaming ou les communautés YouTube, on le positionne comme un YouTuber de contenu narratif avec une croissance fulgurante. 1,2 million d’abonnés en mai 2026 (donc il traîne pas). Un style particulier. Pas de visage, juste une voix posée. C’est vrai. Mais c’est aussi complètement à côté de la plaque si tu veux vraiment comprendre pourquoi ses vidéos comptent.

Ce qui m’a frappé, c’est la profondeur absurde de ce qu’il ose traiter. Dans un univers où la plupart des contenus longs sur l’IA tournent autour de « ChatGPT a explosé les chiffres » ou « l’IA va nous remplacer ou nous sauver », EGO pose une question bien plus difficile. Il demande : Pourquoi on progresse ? À quel prix ? Qu’est-ce qu’on perd en chemin ? Est-ce qu’on le sait, vraiment ?

C’est une question pas rentable. Les entreprises de tech ne la financent pas. C’est même l’inverse : elles te financent pour que tu la poses PAS. Les chaînes de vulgarisation classiques la posent rarement. Et pourtant, c’est la seule question qui importe vraiment.

L’usine à trombones : une parabole existentielle sur l’IA

Il y a une vidéo en particulier qui a changé ma façon d’enseigner. Elle s’appelle « L’horreur existentielle de l’usine à trombones ».

Le titre semble absurde. Une usine à trombones ? Quel rapport avec l’IA ? Mais c’est précisément ça qui marche. EGO raconte l’histoire d’une usine entièrement automatisée, optimisée, efficace, conçue pour produire des trombones parfaitement. Et puis il pose une simple question : qu’est-ce qu’il se passe quand l’usine réalise, au bout de 30 ans, qu’elle fabrique des trombones inutiles ?

(Spoiler : c’est existentiellement terrifiant. Et pas une métaphore.)

Cette parabole n’est pas une critique maladroite de la technologie. C’est une critique métaphysique de notre obsession pour l’optimisation sans objet. Nous construisons des systèmes de plus en plus puissants pour résoudre des problèmes de plus en plus petits. Nous perfectionnons les processus sans nous demander si le processus en lui-même a du sens. Et quand une IA peut générer du contenu infiniment, analyser des données infinies, optimiser des workflows infiniment, à quel moment est-ce que quelqu’un arrête et demande : pourquoi ?

La beauté de la vidéo, c’est qu’EGO ne prêche pas. Il raconte. Il construit une atmosphère, des personnages, une réflexion progressive. Et à la fin, tu es assis avec la question, pas avec une réponse morale facile. C’est pas de la morale. C’est pire : c’est de la vrais réflexion.

C’est pour ça que je la montre à TOUS mes groupes d’apprenants, peu importe le sujet. Formation IA, transformation digitale, automatisation, peu importe. Avant de montrer des outils ou des cas d’usage, il faut que les gens aient compris une chose fondamentale : la technologie n’est pas neutre, et l’optimisation n’est pas une fin en soi. Et non, ce n’est pas négociable.

Pourquoi le storytelling devient un outil pédagogique

En formation, j’ai remarqué une chose très simple. Tu peux présenter des concepts sur l’IA pendant une heure avec des slides, des statistiques, des schémas. À la fin, les gens ont mémorisé 30% du contenu et oublié 70% dans la semaine. Classique.

Ou tu peux montrer une vidéo de 30 minutes qui raconte une histoire. Et les gens se souviennent de tout. Pas parce qu’ils font des efforts. Parce que leur cerveau s’accroche aux narratifs. Nous sommes des créatures narratives. Depuis la nuit des temps, nous mémorisons les histoires bien mieux que les listes. (C’est aussi pour ça que les gens se souviennent d’une blague que tu as racontée il y a trois ans, mais oublient ce qu’on vient de leur dire il y a 30 secondes.)

EGO maîtrise ce principe à un niveau que je n’ai rarement vu. Il ne fait pas de vidéos « éducatives » au sens traditionnel. Il ne te dit jamais « écoute, voilà 5 points clés sur l’IA ». Au lieu de ça, il crée une narration progressive où chaque idée émerge naturellement de la suivante. Tu commences par une histoire de jeu vidéo ou une simulation. Puis tu réalises que ça parle d’évolution. Puis tu comprends que ça parle d’intelligence. Puis tu te rends compte que ça parle de la nature de ce qu’être intelligent signifie. Et boom, tu es pris.

C’est du storytelling sophistiqué. Pas du marketing, pas du divertissement pur : de l’enseignement déguisé en narration. Et c’est exactement ce qu’il faut pour que les concepts difficiles deviennent compréhensibles et mémorables.

Dans mes formations, j’ai commencé à reproduire cette logique. Plutôt que de dire « l’IA c’est des algorithmes », je raconte pourquoi quelqu’un a eu besoin d’algorithmiser quelque chose. Plutôt que de montrer des résultats de ChatGPT, je pose la question : « Et toi, à ta place, comment tu répondrais ? » Et puis je montre ce que l’IA fait différemment. C’est plus lent que de présenter des faits. Mais ça reste. Ça change la façon dont les gens pensent. (Et c’est aussi moins chiant pour moi après 15 ans de formations.)

EGO a compris ça avant moi. Et ça me rappelle une leçon : la meilleure pédagogie est invisible. L’apprenant ne devrait jamais sentir qu’on l’enseigne. Il devrait croire qu’il découvre. C’est la différence entre un cours et une conversation.

Au-delà de l’usine à trombones : une critique du progrès sans fin

L’usine à trombones n’est qu’une vidéo parmi ses autres longs contenus. Il y a aussi « Le jeu de la vie » qui parle d’évolution et de complexité. « De WoW à la dystopie » qui croise les univers de jeu vidéo avec des visions de futures possibles. Chaque vidéo creuse la même question sous des angles différents : qu’est-ce qu’on perd quand on gagne ?

C’est une critique implicite de l’idéologie qui domine la technologie depuis 30 ans. L’idée que plus est toujours mieux. Que l’efficacité est une vertu. Que la croissance est inévitable et bonne. Que le progrès n’a pas besoin de justification parce qu’il EST la justification. (Spoiler : c’est faux, mais on trouve ça partout, surtout chez les gens qui vendent de la tech.)

Ego, lui, se demande : et si ce n’était pas vrai ? Et si en optimisant pour une chose, on détruisait quelque chose d’important d’un autre côté ? Et si la trajectoire de la technologie était un échange constant entre ce qu’on gagne et ce qu’on perd, et personne ne regarde vraiment ce qu’on perd ?

C’est une position intellectuelle dérangeante dans un contexte de formation IA. Les gens viennent chez moi pour apprendre à utiliser l’IA pour leur business, pour leur productivité, pour leur croissance. Et je leur montre une vidéo qui demande : « mais pourquoi tu veux croître ? » Ce n’est pas commercial. Ce n’est pas vendeur. Mais c’est honnête. Et franchement, c’est de l’honnêteté que j’aime mieux que des promesses creuses.

Et c’est ça qui rend ça pédagogiquement efficace. Parce qu’une fois que les gens se posent la vraie question, ils utilisent les outils d’une façon radicalement différente. Pas pour croître aveuglément. Pour croître intentionnellement. Et c’est une croissance qui dure, au lieu de pétard mouillé six mois plus tard.

Ce que je transmets en montrant EGO

Je ne vais pas prétendre que je sais exactement ce qu’EGO m’a enseigné. C’est pas comme ça que marche le storytelling. Tu regardes, tu absorbes, et des mois plus tard, tu réalises que tu penses différemment sur quelque chose sans savoir exactement pourquoi. (C’est comme un virus intellectuel, mais le bon genre.)

Mais si je devais formaliser ça, je dirais que EGO m’a appris trois choses que j’essaie de transmettre à mon tour :

D’abord, qu’une critique pertinente de la technologie ne vient pas en opposition à la technologie, mais en comprenant sa logique interne. EGO ne dit pas « ne faites pas d’IA ». Il dit : « Si vous faites de l’IA, réalisez ce que vous faites vraiment. » C’est une position mature et rare. (Et honnêtement, je la préfère à « l’IA va nous détruire » ou « l’IA va nous sauver » : ces deux phrases sont des fausses questions.)

Ensuite, que la transmission des savoirs difficiles passe par la narration, pas par l’explication. Si tu veux que quelqu’un comprenne vraiment, ne lui explique rien. Raconte quelque chose qui le force à comprendre par lui-même. C’est plus épuisant pour toi au moment, mais c’est l’apprenant qui fait le travail, pas toi.

Enfin, que la vraie responsabilité intellectuelle d’un formateur ou d’un créateur est de poser des questions, pas de donner des réponses. Parce que les réponses changent. Les questions restent. Et les gens n’oublient pas les questions. Ils les portent.

Je ne sais pas si EGO sait que ses vidéos deviennent des supports pédagogiques dans mes formations. Probablement que non. Il fait ses vidéos pour ses 1,2 million d’abonnés, pour dire quelque chose qui le touche, pour explorer une idée. Le fait qu’un formateur en Haute-Marne les réutilise n’est qu’un accident heureux du web.

Mais c’est exactement comme ça que fonctionne la vraie culture. Pas par plan marketing ou stratégie de diffusion. Par transmission accidentelle entre personnes qui se reconnaissent dans une même quête.

Application pratique : ce que tu peux en tirer

Si tu es formateur ou que tu cherches à transmettre quelque chose, voici ce qu’EGO enseigne sans le dire :

Le contenu long n’est pas un luxe. C’est une nécessité si tu veux vraiment communiquer quelque chose. 5 minutes d’EGO t’enseigne plus qu’une heure de contenu découpé en petit morceaux. (Oui, je sais que c’est contre-intuitif. Oui, c’est vrai quand même.)

La narration progressive est plus puissante que la listerologie. Plutôt que de faire une vidéo avec 5 points clés, construis une histoire où les 5 points émergent naturellement. C’est plus difficile à écrire. C’est aussi plus efficace.

Les questions sans réponses sont plus mémorables que les réponses faciles. Termine pas par « voilà comment faire ». Termine par « voilà pourquoi tu devrais te poser cette question. » Les gens oublient les solutions. Ils se souviennent des énigmes.

Et enfin, le style personnel bat la production de haute qualité. EGO n’a besoin ni de caméra ni de visage ni d’effets spectaculaires. Il a juste besoin d’une voix et d’une idée. C’est suffisant parce que c’est authentique. Et l’authentique c’est jamais ringard.

Si tu penses que tu dois attendre d’avoir un « vrai studio » ou un « vrai équipement » avant de créer du contenu qui compte, regarde comment EGO a fait 1,2 million d’abonnés avec presque rien. C’est pas un argument pour que tu commences maintenant. C’est un argument pour que tu réalises que tu attendais pour les mauvaises raisons.

Questions que je pose à la fin de chaque visionnage

Après avoir montré une vidéo d’EGO à un groupe d’apprenants, je pose toujours les mêmes questions. Pas pour vérifier la compréhension. Pour ouvrir la réflexion :

Qu’est-ce que tu as changé dans ta façon de penser après avoir regardé ? Pas « qu’est-ce que tu as appris », mais « comment tu penses différemment maintenant ? » C’est une question plus difficile.

Y a-t-il une idée d’EGO avec laquelle tu n’es pas d’accord ? Si la réponse est « non, tout est vrai », alors tu n’as pas vraiment réfléchi. Les meilleures idées sont celles qu’on discute.

Comment tu appliquerais cette réflexion à ton travail ou ta vie ? Pas pour imposer une conclusion. Pour que la personne réalise que les idées d’EGO ne sont pas juste des histoires cool. Elles changent comment on agit.

Aucune de ces questions n’a de bonne réponse. Et c’est le point. Si elles avaient une bonne réponse, elles ne seraient pas des vraies questions.

Où aller à partir de là

Si les idées d’EGO t’intéressent, la meilleure chose à faire est d’aller regarder sa chaîne directement : https://www.youtube.com/@ego_one/videos

Commence par « L’horreur existentielle de l’usine à trombones ». C’est le point d’entrée le plus direct vers ce qui rend EGO unique.

Si tu es chef d’entreprise ou décideur et que tu cherches à intégrer l’IA dans ton organisation : pas juste « utiliser ChatGPT », mais vraiment réfléchir à ce que ça signifie. Je propose un accompagnement IA qui commence exactement par cette question : Formation IA pour PME en Haute-Marne. Pas de promesses de croissance exponentielle. Une réflexion honnête sur ce que tu cherches vraiment et comment l’IA peut t’aider sans te détourner de ta vraie direction.

Et si tu es formateur toi-même et que tu cherches comment transmettre des concepts difficiles, regarde comment EGO fait. C’est une masterclass implicite en pédagogie.